Hygiénisme et migrations

 

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Opération de nettoyage suite à l’évacuation du campement de République, le 22 décembre 2015.

Lors de l’évacuation du camp de la Halle Pajol (Paris 18ème) le 11 juillet 2015, un adjoint de la préfecture s’exclamait, en regardant la place occupée par des dizaines de migrants pour la très grande majorité demandeurs d’asile: « On va cleaner tout ça! ». Dans les bus qui les conduisaient vers des centres d’hébergement d’urgence, des sacs de plastique couvraient tous les fauteuils.

Une anecdote, certes, mais qui montre avec force l’obsession hygiéniste des pouvoirs publics, et surtout qui invite à questionner le lien entre immigration et maladies, à l’heure où la « crise migratoire » ne cesse d’apparaître dans les articles de journaux ou les reportages télévisés. Nous interrogerons ce lien à partir du concept d’hygiénisme, qui désigne l’ensemble des conceptions et des mesures en faveur de la conservation de la santé mises en place par l’appareil étatique et validées par des procédures scientifiques.  Durkheim écrivait en 1894: « le devoir de l’homme d’état n’est plus de pousser violemment les sociétés vers un idéal qui lui parait séduisant, mais son rôle est celui du médecin : il prévient l’éclosion des maladies par une bonne hygiène et quand elles sont déclarées ils cherchent à les guérir ».

Or l’hygiénisme s’est surtout attaché à décrire les constitutions médicales des populations considérées comme vulnérables – les pauvres, les marginaux, les prostituées, les ouvriers – en recherchant dans les causes potentielles de leurs maladies et de leur état de santé, où la moralité (sexualité, alcoolisme, prodigalité par exemple) prenait une place essentielle, dessinant en creux le portrait moral du bon citoyen: le bourgeois économe.

Si nous prenons pour postulat que le discours hygiéniste en dit plus sur les fantasmes et crispations idéologiques des auteurs que sur l’état de santé effectif des sujets décrits, qu’apprenons-nous de la focalisation contemporaine sur les « migrants »? Car le dispositif hygiéniste contemporain n’est pas seulement constitué de mesures préventives ou de précautions sanitaires: il se compose de tout un appareil sémantique, métaphorique et symbolique qui transperce à travers le discours médiatique. Derrière les mesures sanitaires concrètes qui entourent les populations migrantes en Europe, que nous révèle donc de notre société contemporaine l’imaginaire pathologique qui se lit en filigrane du mot « migrant »? A partir de quels mots, de quels images et de quelle vision de l’Etat se construit-il?

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